jeudi 7 juillet 2011

"le soldat, sa femme et le clochard" de Charles Bukowski, mon arrière-grand-père illégitime, né dans un fond de magnum de whisky de la marque "Cocyte's", mis au monde par les rats des villes et des pluies de génies damnés.



j'étais clochard à San Francisco mais un jour j'ai réussi 
à assister à un concert symphonique en compagnie de
gens
bien habillés
la musique était bonne mais il y avait quelque chose 
avec le public qui n'allait pas
et aussi quelque chose avec l'orchestre
et le chef,
alors que la salle était très bien et l'acoustique parfaite
je préférais écouter de la musique seul
sur mon poste
et après j'ai regagné ma chambre et
j'ai mis la radio mais
on a cogné au mur:
"BAISSE CETTE SALOPERIE!"

il y avait un soldat dans la chambre d'à côté
avec sa femme
et il allait bientôt partir là-bas pour me protéger d'Hitler aussi
j'ai éteint le poste puis j'ai entendu sa 
femme dire: "T'aurais pas du faire ça."
et le soldat a répliqué: "VA TE FAIRE FOUTRE!"
ce qui était très gentil de sa part
mais bien sûr
elle ne l'a jamais fait
du moins pas avec moi.

en tout cas, je n'ai jamais été à un autre concert
et ce soir-là j'ai écouté la radio très 
doucement, l'oreille collée au 
haut-parleur.

la guerre a son prix et la paix ne dure jamais et
des millions d'hommes jeunes allaient mourir
et pendant que j'écoutais du classique je les
entendais faire l'amour, désespérément et
mélancoliquement, à travers Chostakovitch, Brahms, 
Mozart, à travers les crescendos et les orgasmes,
à travers le mur commun 
de nos ténèbres.

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