vendredi 8 juillet 2011

Il m'arrive de rire en couleurs.

Arrival of the Birds

Je viens de découvrir l'existence de la couleur rose "cuisse de nymphe émue" inspirée de ce qu'ils appellent le "grand rougissement d'une demoiselle"... Oui, lorsque le chevalier vaillant lui effleure la cuisse, la poupée de porcelaine prend des couleurs sur les cuisses, hop, un solarium pour peaux blanches je vous dis, elle n'est pas habituée à tant de proximité, bordel, elle ne s'était approchée que d'un arbre chantant jusqu'à présent, que cela me chamboule mon beau prince, après tout les ratons laveurs peuvent nous photographier de leurs contrées, leurs paupières se façonnent en demi-cercles, ils se concentrent. Je relis le nom de cette couleur mystère et m'aperçois que seulement une des cuisses rosit, parce que sinon son nom prendrait un S et, qu'il soit prince ou SDF, le mortel ne peut parader avec un flamand rose enchaîné à son pouce plus d'un soir, tout de même il y a des limites, les tableaux de Botticelli sont toujours rectangulaires; j'aimerais aussi pouvoir appeler le ciel un "oeil de macho enrhumé", bien que la couleur vire plutôt au pourpre, et alors on me demandera s'il fait partie de ces ciels qui apparaissent le matin près d'une clairière en sucre, durant les messes basses ou au beau milieu de la résurrection de Blanche-Neige, et je répondrai que ma phrase et bien trop longue, que parfois mes pensées me dépassent comme dans une course de voitures aériennes, tant mieux j'ai toujours aimé m'enfoncer dans le siège arrière en plumes de faisan de ma Golden Arrow cuisse de nymphe émue, en attendant que les recoins du garage s'arrondissent et me laissent passer.

jeudi 7 juillet 2011

"le soldat, sa femme et le clochard" de Charles Bukowski, mon arrière-grand-père illégitime, né dans un fond de magnum de whisky de la marque "Cocyte's", mis au monde par les rats des villes et des pluies de génies damnés.



j'étais clochard à San Francisco mais un jour j'ai réussi 
à assister à un concert symphonique en compagnie de
gens
bien habillés
la musique était bonne mais il y avait quelque chose 
avec le public qui n'allait pas
et aussi quelque chose avec l'orchestre
et le chef,
alors que la salle était très bien et l'acoustique parfaite
je préférais écouter de la musique seul
sur mon poste
et après j'ai regagné ma chambre et
j'ai mis la radio mais
on a cogné au mur:
"BAISSE CETTE SALOPERIE!"

il y avait un soldat dans la chambre d'à côté
avec sa femme
et il allait bientôt partir là-bas pour me protéger d'Hitler aussi
j'ai éteint le poste puis j'ai entendu sa 
femme dire: "T'aurais pas du faire ça."
et le soldat a répliqué: "VA TE FAIRE FOUTRE!"
ce qui était très gentil de sa part
mais bien sûr
elle ne l'a jamais fait
du moins pas avec moi.

en tout cas, je n'ai jamais été à un autre concert
et ce soir-là j'ai écouté la radio très 
doucement, l'oreille collée au 
haut-parleur.

la guerre a son prix et la paix ne dure jamais et
des millions d'hommes jeunes allaient mourir
et pendant que j'écoutais du classique je les
entendais faire l'amour, désespérément et
mélancoliquement, à travers Chostakovitch, Brahms, 
Mozart, à travers les crescendos et les orgasmes,
à travers le mur commun 
de nos ténèbres.